Etre juge d’un concours de photographie

Concours de la FPF en photographie, travail d'un juge
 

Pour la première fois, j’ai participé à un concours organisé par la Fédération Photographique de France (ou FPF). Avec d’autres adhérents du club de photographie d’Ifs Images, nous avons présenté des photographies pour le concours National 1 Papier Monochrome organisé par le Club Photo de Flers-La Petite A du 31 janvier au 2 février 2020. J’y ai constaté que le rôle de juge n’était pas aussi simple que l’on pouvait le penser.

J’évacue tout de suite les difficultés de préparation d’un tel évènement pour un club. L’organisation de concours (salle, accueil, stationnement des véhicules) a été juste phénoménal. En fait, j’ai constaté que juger photographies était compliqué: comment peut-on juger des images alors qu’une photographie se veut une œuvre artistique, et donc subjectif ?

Pour moi, telle œuvre serait très bien, alors que pour une autre personne, l’œuvre ne déclenchera aucune émotion ou la trouvera insipide. Pour les juges, ils doivent ainsi trouver un moyen d’évaluer des photographies si possible la plus neutre possible.

Un(e) juge et un assistant lors du concours de la FPF
Les juges sont aidés dans leur travail par les membres du club organisateur.

Une amplitude de(dans les) notes pour les photographies

A la demande du commissaire représentant la FPF, les 3 juges devaient noter les photographies dans une fourchette de 6 à 20 points. Nous touchons là l’un des deux problèmes des jugements : la grille de notation et le ou les critères pour juger une photographie dans un lot de 960 photographies (pour ce concours). Dernière précision utile : les 3 juges retenues pour le concours étaient des portraitistes. Nous verrons plus loin que cela aura une importance dans ce concours.

Indiquer que les juges avaient, devaient, utiliser cette amplitude était louable. Mais quelles devaient être les critères pour dire qu’une photographie mérite un 8, et qu’une autre photographie un 20 ? Je n’ai pas choisi ces deux notes au hasard. Lors de la saisie et la publication des résultats, ces deux notes sur les 3, étaient présentes pour une même photographie !

Des photographies notées de 8 à 20

Pour une photographie, cela peut arriver, je suis d’accord. Mais quand c’est renouvelé en plusieurs occasions, on peut dire qu’il y a un léger problème. Une fourchette de 3 ou 4 points entre les notateurs pour une photographie est compréhensible. Certaines imperfections peuvent ne pas être vues par un juge. Mais avoir une si grande amplitude pour une œuvre et que cela se renouvelle, je trouve cela.. étrange !

Je veux bien croire qu’une photographie mérite un 8. Elle peut être manquée techniquement : la mise au point a été imparfaite, l’exposition erronée, que sais-je encore ? Le tirage de la photographie peut-être mal réalisée, soit parce que le tireur/photographe a choisi le mauvais papier ou s’est trompé dans ses réglages.

Je veux aussi croire qu’une photographie frôle la perfection absolue jusqu’à obtenir un 20 (serait-ce un dieu ?). Mais avoir un 20 et un 8 pour une même photographie ? J’ai un comme gros doute. Nous en arrivons au problème central dans un concours : comment apprécier, et donc noter une photographie ?

Établir une échelle de valeurs cohérentes pour les juges

Si je me base sur la proposition du Commissaire que nous avons vu précédemment, l’échelle de notation pour ce concours s’établissait de 6 à 20 points, soit une valeur médiane de 13. Personnellement, une photographie dont la prise de vue et son tirage sont corrects, je situerais sa note entre 11 (-2 points) et 15 (+2 points).

Un juge vérifie consciencieusement les photographies
Un juge vérifie consciencieusement les tirages.

Je classerais dans un premier temps, les photographies en 3 paquets :

  1. le premier paquet, les photographies mal composées et exposées et mal tirées ;
  2. le deuxième paquet comprendraient les photographies qui seraient bien exposées et tirées ;
  3. le troisième et dernier paquet seraient les photographies qui auraient un petit plus : portrait non académique, paysage (nature ou urbain) avec un petit je ne sais quoi, une nature morte qui ne reprendrait pas des thèmes archi-connus…

Examiner correctement les tirages

Puis j’examinerais plus attentivement chaque photographie pour donner un classement final, quitte à revenir 2 ou 3 fois pour être sûr de mon jugement. Un(e) juge prenait peu de temps pour réaliser ce travail de classement. Je ne trouve pas cette attitude respectueuse des participants au concours.

Mais surtout, je prendrais bien soin de regarder les photographies. Mais aussi je veillerais à ne pas classer prioritairement les photographies qui seraient dans mon domaine de compétence parmi les meilleures ! Pourquoi devrais-je penser que seul mes domaines mériteraient d’être retenues et valorisées ? Ce n’est pas ce que je pense. Les élèves de mon atelier de photo peuvent le certifier.

Choisir des juges avec des compétences plus variées

C’est un constat que je fais sur ce concours : certains/certaines juges ont classé majoritairement les tirages de portrait parmi les meilleurs. Peut-être faudrait-il pour une meilleur équité, que la Fédération Photographique de France choisisse des juges évoluant dans des domaines différents sur un concours. Mais en ont-ils la possibilité ? Attendu qu’il faut être disponible sur trois jours.

Le commissaire de la FPF enregistre les notes attribuées par les juges
Le commissaire du concours enregistre les notes attribuées par les juges

Mais l’apothéose pour moi, fut la publication des résultats. L’évaluation des photographies pour la remise des médailles et diplômes du jury fut un moment inoubliable. Je pense que les juges devraient ne pas se justifier en public sur un thème qui est en dehors de leur domaine de compétence (le portrait).

Retour vers le passé

Cela m’a juste rappelé mes cours de photographie lorsque l’un des élèves avait posé une question à notre professeur : « comment fait-on une balance des blancs (BdB) pendant un évènement sportif ? ». Le professeur nous avait dit que nous devions nous rendre au centre du terrain et faire la mesure depuis cet endroit.

Ce fut un moment inoubliable pour moi qui était déjà dans le photojournalisme depuis deux ans et qui évoluait sur les terrains de Ligue 1 et à l’étranger. Je m’imaginais faire une BdB depuis le rond central pendant une coupe du monde de football ou les championnats du monde d’athlétisme. Je me ferais jeter tout de suite dehors et mon accréditation retirée.

Alors s’il vous plait messieurs les juges, arrêtez d’évaluer des tirages qui ne vous sont pas familiers. On évite ainsi de se ridiculiser.

En guise de conclusion, j’ai présenté 2 photographies au concours. La première photographie a obtenu 36 points sur 60 (13, 11 et 12 points) et c’est classée 502ième. Elle fut évaluée correctement avec ses 3 notes proches. La deuxième photographie a reçu une note finale de 42 points (18, 11 et 13 points) et un classement très honorable de 222ième ex-aequo avec 39 autres photographies. C’est plus que respectable, mais 7 points d’écarts entre la note haute et la note basse, est-ce normal ?